Posté le 22 Juin, 2021.
De la main de Thibauld.

Lors de sa visite à l’hôpital de Poissy–Saint-Germain, Emmanuel Macron n’a pas été reçu avec une gifle médiévale, mais par une équipe à en colère : Les soignants tournent le dos.

L’image a été reprise le même jour sur Twitter et autres médias. Différents partis politiques parlaient d’un acte mérité ou d’un juste retour des choses. Un peu à la manière de la centaine de soignants belges qui tournaient le dos à leur Premier ministre en 2019.

Mais il y a un soucis.

On voit bien deux personnes assises de 3/4 dos au président, mais qui font face à une vingtaine d’autres collègues qui écoutent attentivement ce qu’il a à leur dire. C’est donc une manipulation d’image.

Malgré tout, c’est une image qui fait parler et qui fait plaisir aux soignants français. On aurait bien aimé que ça se soit vraiment passé comme ça. Qu’on ait pu montré directement à l’intéresse les raisons de notre fatigue, de notre frustration, de nos maux de ventre, de nos pleurs…

Cette image, même sortie de son contexte dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, parce que oui, les soignants sont en colère.

Soigne et ferme ta gu**le

La colère du personnel médical contre Emmanuel Macron est très profonde, mais pas entièrement dirigée contre lui. Elle est plutôt orientée contre la politique appliquée à l’Hôpital ces vingt dernières années. On a manifesté plusieurs fois contre les différentes baisses du budget, les conditions de travail inhumaines, le manque de matériel, les salaires trop bas…

Dans le meilleur des cas, ça se soldait par une ignorance et un dédain total des dirigeants. Dans le pire des cas, c’était carrément par une répression violente. On se rappelle tous de l’interpellation de Farida infirmière littéralement écrasée par les forces de l’ordre.

Le COVID-19, c’est un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.Un vase qui se rempli depuis plus de vingt ans.

L’origine du mal-être

Les 35 heures

En 2002, la loi sur les 35 h de travail hebdomadaire a été appliquée à l’hôpital. Sur le papier tout le monde se réjouit de moins travailler, mais pour ça fonctionne, il faut le préparer correctement.

Ça implique d’embaucher du personnel supplémentaire pour compenser cette réduction d’heures, mais non.

À l’inverse on a mutualisé les soignants : Nous ne sommes plus affiliés à un service en particulier avec son équipe ses patients et ses fonctionnements, mais à l’hôpital dans son entièreté.

Donc concrètement pour combler les trous dans le planning on est déplacés entre les services en fonction des besoins, on change notre planification personnelle, ou pire on travaille sur nos weekends et jours de congés.

On est lessivés, on se demande comment nos jambes peuvent encore nous porter.

On a mal au ventre tellement stresse est intense.

L’esprit d’équipe disparait puisqu’on se retrouve régulièrement dispatchés à travers l’hôpital.

On tire un trait sur la période de battement pourtant si précieuse entre les différents postes.

À cause de tout ça, le personnel médical déserte l’hôpital public. Certains vont travailler dans un milieu qui leur correspond mieux, d’autres vont changer carrément de métier.Et là on rentre dans un cercle vicieux parce que moins de soignant et toujours pas d’embauche ça signifie des conditions de travail plus difficiles donc plus de démissions…

Pour compenser cette perte-là, l’intérim dans le domaine du soin (méthode chère et compliuqée a mettre en place a totalement explosé,

Alors on appel des renforts, souvent des intérimaires, on n’a pas le temps de les briefer.

On voit le remplaçant qui patauge dans la semoule et on se dit qu’il a un sérieux manque de compétences pour un salaire bien plus élevé que celui des soignants titulaires.

Le système à l’origine de tout

 

La tarification à l’activité ou T2A, c’est le système de financement des hôpitaux. En soi, le principe est simple. Les patients sont répartis dans plus de 2300 groupes différents en fonction de leurs besoins et la sécurité sociale fixe le taux de rémunération pour chacun d’eux. Les hôpitaux reçoivent le paiement en fonction de leur activité, d’où le nom du système.

Tout partait d’une bonne intention : on voulait justement régler les problèmes de l’ancienne méthode qui répartissaient les fonds sans tenir compte des besoins des hôpitaux. Mais la T2A a ses limites puisque les actes techniques comme la chirurgie, sont bien mieux payées que les soins suivis comme les pathologies chroniques.

Les établissements de santé qui en avaient la capacité se sont alors sont redirigés vers les actes mieux rémunérés au détriment donc des autres besoins de la population qui vieillit. Par conséquent, les hôpitaux spécialisés dans les soins de longue durée ont des budgets vraiment limités comparés à leurs réels besoins.

Au 1er janvier 2000, la proportion des plus de 60 ans représentait 20,4 % de la population totale, c’est-à-dire autour de 12 000 000 de personnes. En 2021 a la même date, c’était 26,9 % soit 18 000 000.

Pour pallier au risque de creuser encore un peu plus le fameux « trou de la sécu », on a diminué les budgets alloués aux différentes activités pour maintenir le système de santé en vie.

De cette manière l’État se dédouane totalement du problème et les hôpitaux se retrouvent pris à la gorge face au dilemme de soigner de plus en plus de monde avec de moins en moins d’argent.

La « solution » qu’on a trouvé c’est la démocratisation de l’ambulatoire. Pour faire simple, vous rentrez le matin et vous ressortez dans la journée, ou alors si ce n’est pas possible, on raccourci le temps d’hospitalisation au strict minimum.

Le rythme d’accueil et de prise en charge devient vraiment difficile à suivre et, donc la qualité de soin se dégrade et par la même occasion, les conditions de travail des soignants aussi.

Mais vous allez voir que la T2A n’est qu’une petite partie du problème.

On change tout et on recommence !

Ces dernières années on dénombre deux principales réformes sur le système de santé.

La première est la loi HPST Hôpital Patient Sante Territoire de 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

La deuxième qui a été votée plus tard et qu’on appelle la « loi santé » renforce la première qu’on va détailler maintenant.

En très résumé, la loi HPST propose :

  • Une nouvelle organisation régionale avec la création des Agences Régionales de Santé, donc l’ARS.
  • Une nouvelle organisation des hôpitaux : les petits établissements locaux sont de plus en plus regroupés en plusieurs gros pôles comme le fameux AP-HP. 

Au lieu de promouvoir les petits hôpitaux, diminuer les déserts médicaux et permettre un meilleur accès aux soins et a l’emploi, on se retrouve avec des mégas-structures centralisées et dirigées par l’État.

  • La gestion des hôpitaux est complètement modifiée : pour faire simple, avant cette loi le responsable travaillait en collaboration avec la commune dont l’établissement dépendait, et les médecins qui y travaillaient. Après cette loi, il collabore avec la région [l’ARS] donc directement avec l’État.

La peur principale est qu’ils ne soient gérés que dans l’optique des finances, et c’est malheureusement ce qu’il s’est passé.

Les patients perdent peu à peu leur place au centre du système et on pense plus à la rentabilité qu’à la qualité des soins.

Le soin pratiqué ne correspond plus aux valeurs qu’on nous apprend en école d’infirmier ou d’aide-soignante, et à tout ça s’ajoutent restrictions budgétaires meurtrières.

On sert des ceintures, on ferme des lits et on économise !

Selon la logique, l’hôpital devrait s’adapter aux besoins de la population pour proposer les meilleurs soins possibles. Mais la course au profit a causé la fermeture d’environ 100 000 lits en 20 ans, soit 5000 lits par année notamment dans le domaine de l’hospitalisation et des soins de suite.

« Il y a moins de lits, donc moins de patients ! Nickel ! On peut supprimer des postes ! »

Non Monsieur ! La demande de soins ne fait qu’augmenter. Ce qui modifie la nature même et le rythme des soins pour proposer une bonne prise en charge. Tout ça au détriment des soignants à qui on impose toujours plus en mois de temps.

Aujourd’hui, infirmiers médecins, aide-soignante, sage-femme, ash, subissent les conséquences d’une politique de restrictions budgétaires vieille de deux décennies. On nous impose un stress constant, nous demande de fournir la même qualité de soins en tout en réduisant au fur et à mesure les moyens financiers et humains.

Le bien-être voire même la santé des soignants est mis à rude épreuve avec le stress qui prend de plus en plus de place :  

  • Chute des cheveux
  • Anxiété chronique
  • Maladies cardiovasculaires
  • Épuisement
  • Dépression
  • Burnout
  • Risques suicidaires

On crie à l’aide depuis des années, on avertit les dirigeants que cette situation, tant financière qu’humaine ne peut plus durer.Mais on ne nous a pas été écoutés.

Au contraire, on est rentré dans une politique de « Soigne et tais-toi. »

Il aura fallu une pandémie pour se rendre compte de la fragilité de l’hôpital. Heureusement dans l’ensemble nous avons tenu le coup. Mais pour combien de temps encore ?

Nous sommes plus que jamais à bout de souffle, on puise dans nos dernières réserves qui n’étaient déjà pas bien fournies.

Alors le gouvernement a mis en place un Ségur de la Santé pour revaloriser les professions de santé et les salaires et rendre l’hôpital public plus attractif.

Bien-sûr on l’accepte, qui refuserait de l’argent ? Mais je pense que les conditions de travail constitue un enjeu plus important que le salaire.

On parle d’un rythme de travail effréné, de l’essoufflement du personnel soignant qui dans les pires cas conduit à l’abandon des hôpitaux publics voire de la profession.

Infirmier, c’est un des métiers avec l’espérance de vie la plus courte : Après son diplôme, on travaille 7 ans en moyenne avant de se reconvertir.

Ne soyons pas trop optimistes, le Ségur de la santé n’aura une influence, s’il y en a une, que sur le long terme. Le temps de réparer les erreurs de plusieurs décennies de dirigeants, qui ont conduit aux vagues de démissions et de suicide.

Alors, que ces deux soignantes aient tourne le dos au président de la République ou pas, la colère, la peur, la fatigue, le stress, la menace permanente de Burnout elle, est bien réelle.

Pour vous qui avez des douleurs au ventre rien qu’en pensant a votre travail qui vous sentez à fleur de peau.

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